Abel Chabal : martyr de Valchevrière

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Lieutenant Abel Chaval

Au nez et à la barbe des Allemands, les maquisards du Vercors pensaient leur forteresse imprenable. Encore aujourd’hui, les anciens n’en finissent pas d’ausculter les raisons du dénouement tragique de juillet 1944.
Durant l’été 1944, les Allemands envahissent la “forteresse” du Vercors. Au hameau de Valchevrière, près de Villard-de-Lans, une poignée de résistants font face pour permettre à leurs camarades de se replier. Ils le paieront de leur vie.

1er rang : Cornier, Garand, Sedan, Carcenac, Garcet, Drevet. 2e rang : Romier, Grados, Cornu, Pradères, Marillier, Penia, Lepage, Tannant, Geyer, Bejot, Chabal. Photo : Stéphane Gentil
1er rang : Cornier, Garand, Sedan, Carcenac, Garcet, Drevet.
2e rang : Romier, Grados, Cornu, Pradères, Marillier, Penia, Lepage, Tannant, Geyer, Bejot, Chabal.
Photo : Stéphane Gentil

Parmi les soldats qui se sont illustrés durant cette journée, figure, notamment, une section de chasseurs alpins du 6e BCA, commandée par l’adjudant-chef Abel Chabal qui combattait alors sous l’autorité du Capitaine Goderville, de son vrai nom Jean Prévost, écrivain-journaliste-résistant. C’est à Abel Chabal que François Huet, le chef militaire FFI du Vercors, a confié, deux jours plus tôt, la mission de tenir le verrou stratégique de Valchevrière, un hameau abandonné d’une quinzaine de maisons, occupé l’été par des charbonniers et devenu, depuis 1944, un camp d’entraînement pour les maquisards. Sa mission : empêcher les Allemands de progresser vers le sud du Vercors, si, d’aventure, les lignes étaient enfoncées à Saint-Nizier-du-Moucherotte. Pour son attitude au combat, Chabal a d’ailleurs été nommé lieutenant entre-temps.

Belvedere de Valchevriere

Le 21 au soir, Chabal reprend position autour du Belvédère de Valchevrière.
La route a été minée et des arbres abattus pour faciliter les tirs. Des casemates et abris en rondins renforcent le dispositif. Tout est prêt pour accueillir l’ennemi ! Le 22 au soir, une patrouille allemande est aperçue à Bois Barbu, mais c’est le lendemain, à l’aube, que les premiers coups de feu éclatent.

Abel Chaval

60 ans après, sur le lieu même des combats, Richard Marillier se souvient tt nous raconte.

Alors, un dénommé Mulheim, un Alsacien, est descendu au milieu de la route et a crié : « Zoldaten Kamaraden ! » Et soudain plus un tir : les Allemands écoutaient.
Comme on avait récupéré des stocks d’uniformes français à Grenoble, Mulheim a montré le sien en disant : « Regardez, nous avons des uniformes, nous ne sommes pas des terroristes. On est des troupes régulières, on a été parachutés, on est nombreux, très nombreux. » Je l’entends encore dire en allemand : « Viele, viele… » En fait, on était trente. C’était Passy, un lieutenant, qui lui soufflait ce qu’il fallait dire depuis le talus. Mulheim a continué en affirmant que Hitler avait été tué la veille (on avait appris l’attentat du 20 juillet) et que la flotte du Reich s’était sabordée. Les Allemands disaient : « Ja, ja. » Ils étaient assez vieux, c’étaient sûrement des pères de famille, prêts à accepter la fin de la guerre. Mulheim leur disait qu’en vertu de la convention de Genève ils devaient déposer les armes et avancer un par un les mains sur la tête. ça a duré quatre à cinq minutes. C’était irréel. Je me suis dit : « Merde, si ça marche, comment est-ce qu’on va faire ? » Puis un sergent allemand est arrivé, a lancé une fusée et aussitôt les armes automatiques ont recommencé à crépiter. Mulheim a reçu une rafale dans le ventre.

Hommage au Lt Chabal

A 9 h, l’avant-poste est débordé par les Allemands qui attaquent de tous côtés, à un contre vingt. Chabal ordonne à ces chasseurs de se regrouper au Belvédère et envoie 18 d’entre eux tenir l’éperon rocheux qui le surplombe. Ils ne l’atteindront jamais. Au contraire, ce sont les Gebirgsjäger qui s’en empareront et arroseront copieusement les résistants. La situation est intenable.

Les allemands prennent inévitablement la position et profitent de leur avantage pour « arroser » le belvédère sous un feu nourri. Chabal reçoit vers 12h00 une liaison donnant l’ordre de dispersion. Quelques minutes plus tard, il est touché une première fois. Puis d’autres balles le couchèrent définitivement. Avant de décéder, il jettera son carnet où sont consignés ses directives et le nom de ses hommes. Il allait avoir 34 ans le lendemain.
Buisson est grièvement blessé. Une balle a pénétré sous l’omoplate droite, et est ressortie de l’autre coté ; une autre balle lui a traversé la main. Le sergent Seguin fait exécuter l’ordre de dispersion et décide de rejoindre la grotte de la Luire. Mais Buisson n’est pas en état de pouvoir marcher jusqu’à la grotte.
Renard et Petiot proposent de rester avec Buisson pour tenter de s’en sortir ensemble.
Une heure après la dispersion, vers 14h00, sur le chemin qui mène à Valchevrière, à 200 mètres du belvédère, les trois hommes se dissimulent dans des fourrés, à quelques pas en amont du chemin.

Dissimulés dans les fourrés, exhortant Buisson de se taire, malgré ses blessures, ils voient passer, sur le chemin en contre-bas, les soldats allemand rejoignant Valchevrière, fumant leur cigarettes et commentant la matinée ; le soir, ils entendent monter du hameau leurs rires et leurs chants célébrant la victoire du jour…

Au milieu de la nuit, discrètement, ils traversent le chemin menant à Valchevrière et s’engagent dans la pente assez raide, à la recherche du minuscule sentier que Renard connaît, et qui descend jusqu’au pont de Valchevrière. Le petit groupe y parvient avant l’aube.

Les Allemands brûleront le hameau de Valchevrière. Seule la chapelle sera épargnée. Abel Chabal sera provisoirement enterré à Villard-de-Lans avant de rejoindre le berceau de famille, à Montjay, dans les Hautes-Alpes.

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2 réflexions au sujet de « Abel Chabal : martyr de Valchevrière »

    Site Historique de Valchevrière « Balades en Isère a dit:
    24 août 2014 à 10 h 15 min

    […] vaste attaque allemande des 22 et 23 juillet 1944, que ce village fut détruit par les Allemands. Sur le belvédère qui domine le village, le lieutenant Chabal et ses hommes se sont sacrifiés pour… Les maisons furent ensuite incendiées. Le village est resté en l’état, avec ses poutres […]

    Grotte de la Luire « Balades en Isère a dit:
    15 septembre 2014 à 2 h 00 min

    […] à la grotte de la Luire, Albert ou Auguste Mulheim, 24 ans, d’origine alsacienne, chasseur de la compagnie Chabal, blessé le 23 juillet 1944 à Villard-de-Lans (Valchevrière) par trois balles de mitrailleuse […]

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