Palais du parlement du Dauphiné

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Derrière sa façade bicolore, ornée de multiples blasons et d’animaux en tous genres, se cachent des cours intérieures et des salles d’audience d’une grande élégance.

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Sur la place Saint André, faisant face au Café de la Table Ronde et à la statue de Bayard, ce fleuron de l’architecture grenobloise, attire le regard des curieux : derrière sa façade bicolore, ornée de multiples blasons et d’animaux en tous genres, se cachent des cours intérieures et des salles d’audience d’une grande élégance, habituellement fermées au public.

La place Bayard, dessin de N-M-J Chapuy, lithographie de C-C. Bachelier, Lemercier imprimeur, Ch. Vellot, éditeur, seconde moitié du XIXe, Collection Musée dauphinois 95 15-43.
La place Bayard, dessin de N-M-J Chapuy, lithographie de C-C. Bachelier, Lemercier imprimeur, Ch. Vellot, éditeur, seconde moitié du XIXe, Collection Musée dauphinois 95 15-43.

Initié par le Dauphin, le Conseil delphinal est installé dès 1340 à Grenoble et survit au transfert du Dauphiné à la France de 1349, pour devenir le troisième parlement de France en 1453. Il paraît avéré qu’une construction neuve destinée à cette institution ait été édifiée à la charnière des XVème et  XVIème siècles. Le plan en forme d’équerre, articulé autour d’une chapelle, étend une aile le long de la place Saint-André vers l’Ouest et une autre en direction de l’Isère vers le Nord. Autour de cet élément primordial, la croissance du palais se fait peu à peu par des réaffectations, des rachats de maisons particulières, des reconstructions. Les travaux des parties les plus anciennes (au centre en regardant la façade) ne commencèrent que vers 1500, sous Louis XII. Construite en pierre blanc crème provenant de la carrière de l’Échaillon, cette partie de style gothique flamboyant comprend l’absidiole en saillie d’une chapelle. C’est à cette époque que furent notamment sculptées les boiseries de Paul Jude dès 1521 dans la salle du parlement. Le palais s’arrêtait alors à la porte de gauche après la chapelle gothique et jouxtait une prison d’où l’on extrayait les prévenus pour les juger. Ces derniers pouvaient apitoyer les passants par des soupiraux et leur demander l’aumône.

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Le palais est agrandi une première fois en 1539 sous le règne de François Ier, puis une seconde fois en 1562 sous le règne de Charles IX. Cette partie à droite en regardant la façade est construite en calcaire gris bleuté du Fontanil. L’architecte et magistrat Pierre Bucher y contribue notamment. Le plan en équerre devient un plan en T avec la construction de la façade de style Renaissance, à l’Est de la chapelle, sur la place Saint-André, puis se complexifie.

Le palais se trouve donc dès le XVIème siècle constitué grossièrement de trois secteurs, chacun joignant la place à l’Isère.

Au levant se trouve la Chambre des Comptes, au centre le Parlement, au couchant la Conciergerie. La croissance et la multiplication des institutions utilisatrices expliquent l’extension des lieux. Divers aléas contraignent aussi les travaux à aller parfois bien au-delà de la réparation. D’importants décors intérieurs viennent enrichir les lieux. L’ensemble est totalement imbriqué dans la continuité du tissu urbain : un jeu de paume donne sur la prison, des boutiques et ateliers sont installés de-ci de-là, un passage public très fréquenté vers l’Isère traverse cours et bâtiments…

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L’affaire Nobilibus fut remarquable par sa durée. Un moine franciscain d’origine italienne, Francesco Nobilibus, fut accusé de sorcellerie en mars 1604 pour avoir recouru à l’occultisme et à l’astrologie.
Soumis à 230 séances d’interrogatoire, détenu pendant plus de deux ans dans la conciergerie du palais, le malheureux fut convaincu d’avoir voulu envoûter le Lieutenant général du Dauphiné, François de Bonne à qui il s’était présenté comme guérisseur. La cour rendit sa sentence le 14 août 1606. Le présumé sorcier fut condamné à la pendaison place du Breuil (!’actuelle place Grenette) et son corps livré aux flammes.

Gens de lois et officiers se multipliaient, les plaideurs affluaient. Par leur richesse, leur culture, leur activité, les parlementaires animaient la vie de la société. Composé de magistrats grenoblois, ou du moins dauphinois, le parlement de Grenoble allait se faire remarquer par son souci de défendre ce qui restait de libertés et par sa résistance à la fiscalité royale et contribuer, sans être révolutionnaire, à l’agitation d’où devait sortir la Révolution française. Au total, le ressort du parlement comptait 608 189 justiciables en 1763 et 766 702 en 1790.

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Autre joyau, le salon bleu, nommé ainsi en raison de ses tapisseries. C’est ici que fut déclenchée la Journée des Tuiles, le 7 juin 1788, premier événement de la révolution dauphinoise, en réaction à la décision du roi de réformer le Parlement afin d’en diminuer son pouvoir. Sous la pression d’une foule considérable criant « Vive le parlement », les magistrats dauphinois sont ramenés de l’Hôtel de la Première présidence au Palais du parlement afin d’en rouvrir les portes condamnées quelques heures auparavant par les soldats du Roi et contraints de reprendre leurs activités.

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La suppression des parlements en 1790 a peu de conséquences sur le bâtiment du palais, malgré son rôle récent dans la Journée des Tuiles.
À Grenoble, le Parlement fut aussi l’âme de la cité vers laquelle il draina, année après année, tous ceux qui voulaient se faire rendre justice. Parlementaires et avocats y tinrent longtemps le haut du pavé, animant le commerce local comme le marché de la construction, la vie intellectuelle et scientifique. Autour de la place où il était installé, c’est tout un quartier qui depuis des siècles n’a cessé de bruire en permanence du flot des plaideurs. C’est cette histoire et la mémoire des lieux que retrace cet ouvrage à travers douze contributions particulièrement éclairantes et novatrices.

À la révolution, Les provinces sont divisées en 83 départements, le Parlement du Dauphiné, comme tous les autres, est dissous et devient palais de justice. Il restera en activité jusqu’en 2002.

Le XIXème siècle bouleverse très profondément l’héritage des siècles précédents.

Palais du Parlement du Dauphiné vers 1840
Palais du Parlement du Dauphiné vers 1840

L’amputation de la chapelle par un escalier alerte Prosper Mérimée, Inspecteur général des Monuments historiques, et met en exergue les parties anciennes dont le classement, envisagé dès 1841, intervient le 12 juillet 1886.

De 1842 à 1889, les projets se succèdent car le bâtiment est en fort mauvais état et les magistrats souhaitent qu’il soit isolé des propriétés particulières. Riondel père et fils, architectes départementaux, puis Honoré Daumet, grand prix de Rome en charge de la prestigieuse reconstruction du château de Chantilly et du palais de Justice de Paris, élaborent des propositions qui toutes régularisent et monumentalisent l’ensemble, en préservant peu ou prou les parties anciennes. L’ample reconstruction se fait à partir de 1890 par tranches, mettant à jour au passage des vestiges d’enceinte romaine. A l’ouest apparaissent salle des Assises, cellules, bibliothèque de la Cour d’Appel….
L’état de vétusté de l’aile centrale impose sa reconstruction, reproduisant dimensions et dispositions antérieures ainsi que les décors.
L’inauguration d’août 1897 par le président de la République donne à la Justice un cadre solennel et très caractéristique du XIXème siècle.

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En septembre 2002, les fonctions judiciaires, trop à l’étroit, s’installent dans un nouveau palais de justice.  L’édifice, protégé au titre des Monuments historiques depuis 1992 est désormais propriété du Conseil général de l’Isère.
Depuis avril 2011, le rez-de-chaussée du bâtiment accueille Isère tourisme et les services de la direction de la culture et du patrimoine du Conseil général de l’Isère  (direction, pôle ressources, service du patrimoine culturel, service  du développement culturel). Près de 50 personnes y travaillent aujourd’hui.

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A l’intérieur, noter surtout les deux passages voutés où l’on peut voir les bustes des fameux Dauphins qui régnèrent sur le Dauphiné du XIème au XIVème siècle. On peut également remarquer les boiseries du tribunal civil.

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Références bibliographiques :
Émile Ducoudray, René Favier (s. dir.), Le Parlement du Dauphiné, des origines à la Révolution, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2001

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Le Conseil général de l’Isère, propriétaire du Palais du Parlement vous propose des visites accompagnées par les guides de l’office du tourisme de Grenoble.
Venez pousser les portes de la Chambre des Comptes ou du Salon Bleu, et plongez dans 500 ans d’histoire juridique en Dauphiné.Tarifs :
Adulte : 3,80 € (gratuit pour les moins de 12 ans).Prochaines dates d’ouverture :
Samedi 27 septembre 2014 de 10h30 à midi.
Samedi 25 octobre 2014 de 10h30 à midi.
Samedi 29 novembre 2014 de 10h30 à midi.
Samedi 20 décembre 2014 de 10h30 à midi.

Accès : Tramway ligne A, arrêt Maison du tourisme.

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