Histoire de la Grande Chartreuse

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Le monastère de la Grande Chartreuse est le premier monastère et la maison-mère de l’ordre des Chartreux. Il est situé sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans l’Isère au pied du Grand Som, quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse.

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Au printemps de 1084 Maître Bruno, guidé par l’évêque de Grenoble arrive dans le lieu qu’on appellera dès lors « le désert de Chartreuse » en raison de son isolement et de son encaissement entre deux montagnes. Courte vallée, bloquée au nord par le col de la Ruchère, et au sud par la vallée du Guiers mort, dominé de 1000 mètres par le Grand Som, ce lieu est totalement inhabité.
La maison se trouvait divisée en deux ensembles distants de quatre kilomètres : la maison basse ou Correrie abritait la communauté des frères et des ateliers ou dépendances, la maison haute abritait le prieur et la communauté des pères, ainsi qu’un ou deux frères.
Du premier monastère qui fut construit deux kilomètres plus haut que le monastère actuel, il ne reste rien. On suppose que les premières constructions furent en bois, à l’exception de l’église conventuelle qui fut élevée en dur. La plus ancienne et unique description connue fut donnée par Guibert de Nogent vers 1114. Hormis le principe d’un regroupement de cellules, distinctes d’un cloître réunissant les bâtiments de la vie commune (église, chapitre, réfectoire) et la présence d’une cuisine et d’un bâtiment susceptible d’abriter la moitié des convers le dimanche, on ne sait rien de la disposition initiale des bâtiments, sans doute très différente de celle qu’on connaît aujourd’hui, compte tenu de la configuration du terrain. Guibert précise toutefois que des conduits aménagés amenaient l’eau courante à l’intérieur des cellules.
Aucune culture ou pâturage n’était possible à la maison haute, enserrée dans une vallée étroite et totalement boisée. Toutes les semaines, le samedi, les frères de la maison basse montaient à la maison haute pour participer à la liturgie dominicale et à la vie commune, réinventant la tradition des Laures des déserts de Palestine, aux origines du monachisme chrétien.
L’emplacement de la maison haute est marqué par deux chapelles construites à 110 mètres de distance l’une de l’autre : en aval Notre Dame de Casalibus (littéralement « Notre-Dame des cabanes », par allusion aux petites maisons qui servaient de cellules aux moines) et en amont la chapelle St-Bruno.

Notre-Dame de Casalibus a été édifiée au XVème siècle, hors d’atteinte des avalanches, tandis que la chapelle Saint-Bruno, perchée sur un rocher qui semble venir d’ailleurs, semble avoir été édifiée à proximité du site originel de la première chartreuse, située probablement sur la plate-forme qui jouxte la chapelle. Elle était initialement dédiée à la Vierge Marie. Ce terrain, d’environ 80 m de diamètre, relativement plat, est exceptionnel dans la vallée. Selon des hypothèses invérifiables en l’absence de fouilles archéologiques, les blocs de rocher qui le jonchent pourraient être en partie des vestiges de l’avalanche qui détruisit le premier monastère.
Une chronique de l’époque, nommée Chronique Magister nous relate l’événement qui eut lieu le 30 janvier 1132, 48 ans après l’arrivée de Bruno.
« En la vingt-troisième année du priorat de Guigues, une masse incroyable de neige, se précipitant des hauts sommets rocheux avec une soudaine impétuosité, emporta dans son effrayant tourbillon et ensevelit sous sa masse immense toutes les cellules des religieux sauf une, et avec elles six moines et un novice. »
Le terme traditionnel d’avalanche avec lequel on désigne ce drame ne doit pas faire illusion. Aucune avalanche de neige n’aurait pu parvenir si bas dans la vallée et on ne connaît d’ailleurs pas de couloir d’avalanche dans cette zone, mise à part une petite coulée annuelle dont la largeur n’excède pas quelques mètres. Les petits éboulements sont très fréquents dans ce massif calcaire ancien. L’avalanche de 1132 était en fait un éboulement de pierres qui a poussé loin devant lui une énorme quantité de neige. Quand on approche du col de Bovinant, 700 mètres au-dessus du monastère, on peut voir un pan de rocher qui se détache de la paroi et on peut imaginer ce qu’il adviendrait si un jour, affaibli par le gel et l’érosion, il venait à se détacher entièrement. Les énormes blocs de rochers qui parsèment l’emplacement du premier monastère laissent imaginer le désastre.

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Les survivants de la catastrophe ne pouvaient songer à reconstruire au même endroit. Guigues, le prieur, choisit un nouvel emplacement deux kilomètres plus bas, situé entre deux replis de terrains qui dévieraient toute chute de rochers soit en amont, soit en aval du monastère. Peut-être une autre raison guida-t-elle ce choix. L’emplacement de la première maison, pourtant « parfaitement protégé du vent du nord et bien exposé au midi » semble aujourd’hui marqué par une austérité extrême. Même en plein été il faut attendre la fin de la matinée pour que le soleil se lève au-dessus du Grand Som. Jusqu’aux années 1990, la neige demeurait à cet endroit jusqu’au mois de mai inclus, soit un bon mois et demi de plus qu’au monastère actuel. Toutefois, les conditions climatiques du XXème siècle ne sauraient permettre de juger les motifs des moines du XIIème siècle sans risque d’anachronisme. Le climat du Moyen Âge était beaucoup moins rude en Europe qu’à la période moderne (« optimum climatique médiéval »). Certaines chartreuses comme celle de Berthaud subsistèrent longtemps dans des milieux encore plus difficiles que la Grande Chartreuse. Quoi qu’il en soit, le nouvel emplacement, plus ouvert, mieux ensoleillé, était à l’abri des avalanches. Il était plus proche de la maison basse ce qui facilitait pour les frères le trajet à faire chaque semaine quel que soit le temps.

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Les travaux furent menés rapidement. On ne bâtit en pierre que l’église, aujourd’hui transformée et noyée au milieu de constructions plus récentes, et le Chapitre, qui possède maintenant encore intacte sa voûte du XIIe siècle. On construisit une douzaine de cellules de bois. L’église fut consacrée le 13 octobre 1133 par un ancien Chartreux, Hugues, deuxième du nom, successeur de saint Hugues sur le siège de Grenoble.
Le monastère de Guigues subsista un peu moins de deux siècles. Entre 1320 et 1676, le monastère subira huit incendies2 (et non onze comme affirmé parfois) :
entre le 6 et le 11 mai 1320, durant le chapitre général, dévastation totale des bâtiments du fait d’un feu de cheminée à l’hôtellerie ;
durant l’été 1371, du fait d’un feu de cheminée accidentel ;
fin octobre 1473, du fait d’un feu de cheminée à l’hôtellerie ;
1510 ;
5 juin 1562, du fait d’un incendie intentionnel, pendant les guerres de religion, par les troupes du baron des Adrets ;
31 octobre 1592 ;
1611 ;
10 avril 1676, du fait d’un feu de cheminée parti des appartements du Révérend Père.
La pauvreté des moyens de lutte contre l’incendie et surtout la particularité régionale des toitures couvertes en essendolles (bardeaux ou tuiles de bois d’épicéa particulièrement combustibles) ont entraîné à chaque fois une destruction quasi totale de tout ce qui pouvait brûler.
Après l’incendie de 1676, Dom Innocent Le Masson reconstruisit le monastère selon un nouveau parti architectural, celui qu’on lui connaît. Les bâtiments sont classés monument historique depuis 1920.

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L’Assemblée constituante, par décret du 2 novembre 1789 mit les biens de l’Église, dont les biens des congrégations, à la disposition de la Nation. Par le décret du 13 février 1790, elle interdit les vœux monastiques et supprima les ordres religieux réguliers.
Le Père Général, Dom Nicolas-Albergati de Geoffroy, quitta la Grande Chartreuse le mercredi 17 octobre 1792. Non seulement la communauté de la Grande-Chartreuse n’existait plus, mais l’ordre des Chartreux n’avait plus une seule maison vivante en France. Le chapitre général ne pouvait plus se réunir. Lors de sa dernière session, il avait établi qu’en cas de dispersion de la communauté, le définitoire désignerait un vicaire général en attendant des jours meilleurs. Par la suite, le définitoire ne pouvant se réunir, les vicaires généraux successifs désignèrent leur scribe pour leur succéder en cas de décès, moyennant confirmation du Saint-Siège.

Par ordonnance royale du 27 avril 1816, l’Ordre obtint de l’État la location de la Grande Chartreuse pour y établir « un lieu de retraite ». Le 16 juillet 1816, le Vicaire général en exercice, Dom Romuald Moissonier, profès de la Grande-Chartreuse, mais alors prieur de la Part-Dieu en Suisse, seule chartreuse de l’ordre ayant survécu à la tourmente révolutionnaire, rentrait à la Grande-Chartreuse avec quelques religieux pour y reprendre la vie régulière.
En 1857, un décret impérial définit une réserve autour du monastère pour préserver le paysage et garantir la tranquillité des moines.

Les chartreux échappèrent à la première vague d’expulsion des congrégations non autorisées de 1880.
La congrégation s’estimait autorisée implicitement par des textes de 1816 et 1857. Néanmoins, dans le cadre des mesures d’exception prévues pour les congrégations dans la loi de 1901 sur les associations, les chartreux déposèrent une demande d’autorisation. L’autorisation fut refusée par un vote de la Chambre des députés le 26 mars 1903.
Les moines de la Grande Chartreuse furent expulsés manu militari le 29 avril 1903. De nombreuse cartes postales de l’époque nous rappellent ce moment dramatique, qui fut particulièrement tendu, la population s’opposant au départ des moines.

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La communauté se réfugia en Italie, à la chartreuse de Farneta (à Maggiano frazione de Lucques) et ne put réintégrer la maison mère qu’en 1940. Le chapitre-général, après s’être tenu une fois exceptionnellement à la Valsainte, continua à se tenir régulièrement à Farneta, permettant, cette fois-ci, l’élection régulière de deux successeurs réguliers à Dom Michel Baglin qui avait obtenu sa miséricorde (démission en langage cartusien) en 1905.

En mai 1940, le consul français de Livourne conseilla au Père Général et aux moines français de Farneta de rentrer en France. L’imminence de l’entrée en guerre de l’Italie faisait craindre que les frontières vers la France, qui leur avaient été interdites avant la guerre, ne soient prochainement fermées. Dans le contexte de la débâcle, le Révérend Père général Dom Ferdinand Vidal, et ceux qui l’accompagnaient purent s’installer provisoirement à Orgeoise, dans le faubourg de Voiron (Isère), où demeuraient des frères convers chargés de la fabrication de la liqueur. Après avoir tenté en vain d’atteindre le gouvernement français replié à Bordeaux pour en obtenir la permission de rentrer à la Grande-Chartreuse, Dom Vidal envoie des religieux pour réoccuper la Grande-Chartreuse, avant que les Allemands, qui étaient déjà à Voreppe, n’y arrivent. Les premiers Pères se présentent le 29 mai. Passant outre l’opposition du préfet de l’Isère, Perrier, le maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse, M. Villars, réquisitionna le monastère « pour y abriter des réfugiés« . Le 9 juin, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, régularise la situation de fait. Le 10 juin l’Italie entre en guerre. Le 21 juin 1940, lendemain de l’annonce de l’armistice, trois Pères reprirent officiellement possession des bâtiments. Les orientations du nouveau gouvernement, incontestablement favorable à l’Église et aux congrégations, créaient une situation favorable. La nomination par Pétain d’un nouveau préfet de l’Isère, Raoul Didkowski, facilita la réintégration. Une loi du gouvernement de Vichy le 21 février 1941 accorda aux Chartreux une reconnaissance légale en France. Durant ces années difficiles, la communauté ouvrit ses portes aux juifs et aux personnes pourchassées. Il en alla de même au cours de la période de l’épuration qui suivit la guerre, au profit d’anciens collaborateurs et de miliciens.

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Une convention du 11 mars 1941 entre la Grande Chartreuse et l’administration des Beaux-Arts du régime de Vichy définit les modalités de la concession des immeubles et permet la restauration rapide des bâtiments5. La communauté continue jusqu’à ce jour à louer les bâtiments à l’État français, moyennant un loyer modique et la charge de l’entretien courant. À partir de 1947, la Grande Chartreuse recommença à abriter régulièrement le chapitre général tous les deux ans.
Dans les deux décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, l’essor du tourisme et les progrès des réseaux routiers devinrent de plus en plus gênants. À la Grande-Chartreuse, les supérieurs envisagèrent même de quitter le massif et de transférer la communauté vers un site plus isolé. Finalement, ils obtinrent que le site soit classé comme site historique et naturel, interdit au survol des avions de tourisme (avantage dont ne bénéficient pas toutes les maisons de l’ordre) et fermé à la circulation automobile. Un musée fut aussi établi dans une partie des bâtiments de l’ancienne Correrie, un peu plus bas que la Chartreuse, évoquant pour les touristes la vie cartusienne dans un cadre approprié et faisant connaître quelque chose de la vie de la Chartreuse. Le flot des voitures s’arrête là, à un kilomètre et demi du monastère, ce qui permet aux Chartreux de vivre dans la solitude qu’ils estiment conforme à leur vocation. Ils souhaitent que ce lieu demeure un « désert » au sein d’une zone de silence, maintenant officiellement protégée par les pouvoirs publics.

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Une réflexion au sujet de « Histoire de la Grande Chartreuse »

    Monastère de la Grande Chartreuse « Balades en Isère a dit:
    11 septembre 2014 à 21 h 19 min

    […] annexe du monastère. Ce lieu évoque, au travers de ses expositions et de sa galerie des cartes, l’histoire et la vie des Chartreux, ainsi que l’architecture […]

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