Guillaume de Sassenage

Rovon

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Ce village  de 600 habitants, implanté sur une colline en bordure de l’Isère, au pied des falaises du Vercors, sous le Pied Aigu, cache une histoire de plus de mile ans sous ses pierres qui se dorent au soleil.

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Frédéric Mérit, passionné de Rovon et de son histoire, nous a présenté, devant l’église de Rovon et autour du village, le résultat de vingt années de recherche.

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Vers l’an 1000, au temps du prince Ismidon le territoire de Rovon fait partie du Royans. En 1107 suite à un traité, les églises du territoire compris entre la Bourne et l’Isère, dont Rovon fait partie, sont définitivement attribuées à l’évêché de Grenoble.

Au XIIème siècle, une église et un château sont la propriété des moines de Montmajour.
En 1252, Guillaume de Sassenage donne au Dauphin Guigues VII le château et mandement de Rovon.
Dès 1316, un châtelain est en place, chargé de l’administration du lieu. La bourgade est fortifiée, et ses habitants payent une taxe au Dauphin pour l’entretiens des murailles : c’est le vingtain.

Les paysans produisent essentiellement des céréales (blé et avoine, transformées au moulin dès 1314). On produit aussi du vin, du fromage, de la cire, des volailles, et, déjà, des noix.

Cependant, ce qui singularisera la châtellerie de Rovon pendant le moyen-âge, c’est la présence d’une importante communauté de ferriers. Ils assuraient le commerce et la transformation du fer :
– par l’organisation du transport sur l’Isère du minerais de fer qui provient d’Allevard ;
– par la production et le commerce du bois ;
– par la mise en œuvre d’un martinet cité à Rovon en 1347.

C’est en effet en 1347 qu’un conflit les oppose au Dauphin au sujet d’un impôt frappant les bateaux chargés de fer. Dans ce jugement, les procureurs des marchands de fer de la châtellenie de Rovon sont Domenget Lyone, Berthon Gay et Pierre Fenol. Certains d’entre eux, comme les Lyone sont noble, et ils sont suffisamment puissants pour faire plier le Dauphin, puisqu’on n’entendra plus jamais parler de cet impôt.

Le blason de Rovon fait référence au Dauphin de France : D’or au dauphin d’azur, crêté, barbé, loré, peautré et oreillé de gueules

Blason Rovon

Les ancêtres des vielles familles rovonaise portaient reconnaissance aux dauphins. Les Dherbeys, Volmat, Rambert, Moyroud, Genin, Merit, Paire, Pensu, Veyret, Matraire, Drevet, appartenait aux dauphins !
Ils nous ont laissé des centaines d’actes  sur Rovon, souvent du temps de l’indépendance Dauphinoise.
Leurs femmes, les Dauphines avaient Rovon en  propriété particulière. (En 1285 la Dauphine Anne, en 1318 la Dauphine Béatrix).

Rovon - La place, la mairie et l'école

Sources :
F. A. Merit. Rovon, mandement et paroisse. Notes Historiques, inventaire archéologique et recueil d’actes justificatif.
Fonds documentaire de la direction de la culture et du patrimoine de l’Isère.

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Dans une histoire plus récente, les instituteurs marseillais Henriette et Henri Julien, ont été des justes de l’Isère.
En 1939, Henri et Henriette Julien sont instituteurs à l’école de la Treille dans la banlieue de Marseille.
Dès le début de l’Occupation, Henri et Henriette Julien s’impliquent dans le sauvetage d’enfants de résistants arrêtés ou de prisonniers politiques, et d’enfants juifs.

En 1942, ils sont détachés de leurs classes par l’Inspecteur d’Académie, M. Gossot, et emmènent, afin de les protéger, une cinquantaine d’enfants à la Ferme de Maussane à Maussane-les-Alpilles. Cette ferme est également une halte d’enfants juifs que l’on fait passer en Suisse.

En 1943, M Gossot fait mettre à la disposition des instituteurs une grande maison, au Mas-Blanc-des-Alpilles, près de Saint-Rémy de Provence où ils continuent de protéger et d’éduquer les enfants.
Ils sont une quinzaine de pensionnaires dont la moitié sont des enfants juifs.

Mais à l’automne 1944, le groupe est obligé de fuir et trouve refuge à Rovon au pied du Vercors. La vie reprend pour les jeunes pensionnaires qui sont rapidement rejoints par de nombreux autres enfants, fils ou filles de résistants de la région.
Tous leurs protégés seront sauvés et, après la guerre, les Julien continueront à s’occuper de maisons d’enfants.

Henriette et Henri Julien

En 2009, le film de Jacques Fansten, La République des Enfants s’est inspiré largement de ces faits et à été tourné dans le Vercors. Une partie du tournage s’est déroulé à Rovon et des habitants du village ont participé en tant que figurants.

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Rovon ne comporte pas de monuments médiévaux clairement identifiables par chacun d’entre nous, comme peuvent l’être une abbaye ou un château portant mâchicoulis et créneaux.

Le site se singularise en portant en un même lieu les trois symboles du monde médiéval : un château, un bourg fortifié et un groupe paroissial composé d’une église, de sa cure avec son jardin et enfin de son cimetière.

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Le groupe paroissial (église, cure, cimetière, jardin).
Le chœur, le transept et la partie basse de la nef sont médiévaux.
Le clocher fut construit entre 1685 et 1688.
La façade monumentale de l’entrée daterait de 1533, primitivement dans l’axe de la nef elle fut déplacée en 1831 lors de l’agrandissement de l’église.

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La maison du châtelain ou maison du château.
Les pierres à bossage et les chainages de tuf permettent de dater ce bâtiment du XIIème ou XIIIème siècle.
Au XIVème ou XVème siècle plusieurs fenêtres sont ouvertes.

Les ruines du donjon.
D’un très belle appareille de pierres calibrées, les ruines sont difficilement datables sans recourir à l’archéologie.

La tour du pigeonnier.
Certainement construite en même temps que l’enceinte du bourg, elle porte une intéressante fenêtre et une meurtrière.
Mais c’est son imposant pigeonnier, symbole de la toute puissance seigneuriale qui la singularise.
Construction unique pour la région, elle fut malheureusement défigurée lors d’une récente restauration.
Elle comporte aussi une étrange pierre creuse pouvant être datée par comparaison comme étant antérieure au XIème siècle !
Elle fut certainement construite avant 1316 car c’est la date de sa première citation dans le Vingtain.

L’enceinte du bourg fortifié.
Construit avant 1316, cette imposante muraille se déploie sur près de 200 mètres.
Percée d’innombrables fenêtres à toute les époques, elle est très bien conservée dans sa partie sud.
Elle porte une belle fenêtre-meurtrière encore très bien conservée.

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Pour visiter Rovon, vous pouvez stationner sur le parking du cimetière.

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Plusieurs balades peuvent être réalisées au départ de Rovon, dont la somptueuse balade des gorges du Gorgonnet de la Drevenne.

Des balades paisibles, sur le chemin de halage en bordure de l’Isère, à faire  pieds ou en vélo, même depuis Grenoble, et des randonnées plus sportives, comme la montée vers le Pied Aigu (928 mètres) par le col du Saut de la Vache, ou par Les Combes et le torrent de Tacleterre, le Col de Neurre (1220 mètres).

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