Alexandre Chomer

La Grande Fabrique

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Le site industriel de la Grande Fabrique est niché au fond de la vallée de la Fure en bas de Renage. Il y a cinq siècles, cette vallée fut l’une des plus importantes en France (forges, papeteries et soieries).

Première usine créée en France pour le tissage mécanique des crêpes de soie, alors spécialité des anglais, elle connaît un grand rayonnement, puis décline au lendemain de la seconde guerre mondiale pour s’éteindre en 1969.

 La grande Fabrique

D’abord créée en 1826 pour le tissage mécanique des crêpes de soie va subir de nombreuses transformations et connaître un grand rayonnement.

Fabricant de crêpes, Alexandre Chomer est né à Montbrison le 4 novembre 1816, d’un père aubergiste. Son frère, Victor, apparaît en 1830 comme « voiturier » dans la Loire. En 1849, nouvel associé de Just-Antoine Montessuy dans la direction d’une importante maison, Chomer épouse Claudine-Pauline Troubat, la fille d’un courtier en soie, qui reçoit une donation de 55.000 francs à cette occasion, alors que lui-même possède un avoir de 80.000 francs dans son affaire. En 1858, grâce à ses gains, il accepte de commanditer un de ses confrères, Gondre & Cie. À partir des années 1870, ses parts dans la moitié du capital de la maison Montessuy & Chomer sont évaluées à 1.500.000 francs, hors compte courant. Lorsque son associé décède en 1882, il accepte que le neveu de ce dernier, Georges Montessuy, lui succède dans la société. Il est membre de la Société civile d’instruction élémentaire de Collonges où il possède un château. Chomer décède à Cannes le 25 mars 1892. Ses cinq enfants se partagent une fortune d’au moins 2.936.021 francs (plus du double si l’on se réfère à la communauté de biens).

Pont de la Grande Fabrique

Ainsi, le tissage mécanique de crêpe Montessuy & Chomer, établi à Renage en 1826 par la maison Goujon & Roche, devient sous le Second Empire, l’élément majeur d’une entreprise intégrée : outre ses cinq cents métiers mécaniques et ses cent cinquante métiers à bras, l’établissement possède désormais un moulinage de quarante-deux mille broches, complété par un second moulinage de trente-quatre mille broches à Vienne et d’un second tissage à Bourg-Argental (Loire).

La guillonière

Au centre même de ce site industriel, un magnifique parc paysager, ou parc à l’anglaise est créé, ce qui constitue pour l’époque une première dans une usine. De magnifiques arbres remarquables centenaires exotiques (tulipier de Virginie, sophora du Japon, séquoia…) arrivent du monde entier pour agrémenter cet espace.

L’eau est acteur et délimite le parc par la création de fontaines, bassins, canaux, cascades et ponts.

Rue de la chapelle

Au XIXème siècle, l’usine-pensionnat de Renage fut un modèle d’organisation sociale, une usine-pensionnat qui accueillait quelques 1 000 ouvrières et ouvriers. Les jeunes ouvrières venaient de tous les villages alentour, et prenaient des sortes de « voitures » de ramassage qui les amenaient à l’usine. S’inspirant des couvents, les usines-pensionnats sont immédiatement clôturées par un mur d’enceinte afin de mieux surveiller les mouvements de la main d’œuvre, d’éviter les contacts avec les tumultes extérieurs et de fixer les limites de l’espace disciplinaire.

Pour les dirigeants lyonnais de la fabrique de crêpe de Renage , les très catholiques Just-Antoine Montessuy et Alexandre Chomer, l’organisation de la vie ouvrière dans le cadre d’une usine-pensionnat a pour but de « maintenir les relations de la famille » : les ouvrières conservent une attache paternelle en réintégrant le domicile paternel seulement le samedi, au lieu de s’émanciper de façon précoce en ayant leur propre domicile. Dans l’esprit des initiateurs du système, cet encadrement ne doit pas pour autant « étouffer » la jeune fille, car il a une vocation pédagogique : apprendre l’ordre, l’autonomie (elles doivent se débrouiller pour leurs repas…), non par la contrainte, mais par l’exemple. L’enfermement a pour but de recréer l’esprit d’une cellule familiale. À les lire, la liberté religieuse est respectée grâce à une pratique cultuelle facultative. Il ressort un bilan flatteur de ce système qui se prétend vertueux : « grâce à un choix sévère du personnel, grâce au concours de Sœurs intelligentes et dévouées, la moralité est parfaite, l’instruction est recherchée, l’épargne est régulière, l’ordre et la propreté sont devenus une habitude« .

Le réfectoire de la Grande Fabrique

Elle représentera la France à l’Exposition universelle de Vienne (Autriche) en 1873.

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Les conditions de vie dans ces internats sont des plus spartiates. Avec l’établissement de Boussieu , celui de Renage offre de nombreux services à son personnel, voire à la population locale : outre un dortoir, un réfectoire et une chapelle, l’usine dispose depuis le Second Empire d’une crèche, d’une salle d’asile, d’une infirmerie, d’une école ouverte également aux plus démunis de la commune, le tout administré par les religieuses de l’ordre de Saint-Vincent-de-Paul. Au-delà des aspects moraux et éducatifs de ces structures, les dirigeants de la maison Montessuy & Chomer ne cachent pas leur intérêt économique à de telles dépenses sociales et philanthropiques : créer « un attachement des familles pour l’usine ; [assurer] le renouvellement du personnel ouvrier ; de préparer d’excellents sujets, connus d’avance, et dont l’entrée dans l’usine est un avantage précieux« . À cela s’ajoute la constitution d’une caisse d’épargne par les patrons lyonnais, destinée aux ouvrières de leur établissement. Là encore, il s’agit pour eux de faire face au turnover de leur personnel et à la concurrence effrénée que se livrent depuis quelques années fabricants lyonnais et façonniers voironnais pour attirer à eux de la main d’œuvre. En offrant autant de garanties aux parents, Montessuy & Chomer disposent d’arguments solides à opposer à la croissance du centre industriel voironnais qui attire volontiers la population des villages voisins au détriment de Renage, d’autant que les façonniers n’ont pas à leur disposition des moyens financiers suffisants pour répliquer.

Grande Fabrique

Dans certains établissements, l’alimentation est fournie par le patron contre paiement le plus souvent, dans d’autres, les ouvrières doivent apporter leur panier de victuailles pour la semaine. À Renage , chez Montessuy & Chomer, les ouvrières internes doivent apporter leur nourriture hebdomadaire. Éventuellement, un voiturier peut leur apporter deux fois par semaine des aliments de chez elles. La maison Montessuy se contente de leur assurer, dans un réfectoire, de la soupe le matin et le soir, ce qui est insuffisant comme ration alimentaire quotidienne. Durant la semaine, lesdits aliments sont confiés aux religieuses qui en ont la garde, tandis que des domestiques se chargent de les préparer dans les cuisines pour les ouvrières.

Pour les migrations hebdomadaires, les industriels affrètent des « galères », de longues voitures à cheval, pour transporter la main d’œuvre. Certaines rentraient chez elle le dimanche et revenaient le lundi, mais une partie d’entre elles restait tout le temps dans l’usine. Les patrons offraient à chaque ouvrière leur robe de mariage en soie blanche à l’occasion de leur noces.

Informations et citations extraites de la Notice sur l’usine fondée à Renage (Isère) pour la fabrication de crêpes de soie et appartenant à MM. A. Montessuy et A. Chomer, Exposition universelle de Vienne, 1873, Notice imprimée, 1873.

La grève des fileuses en soie

Il faut attendre le décret du 28 juillet 1904 pour que l’État s’intéresse au sort des ouvrières de ces usines-pensionnats, en réglementant les conditions de vie à l’intérieur. Cette nouvelle législation interdit le partage de la même couche par deux ouvrières, impose une distance d’au moins quatre-vingts centimètres entre chaque lit. Les lits doivent obligatoirement comporter une paillasse ou un sommier, ainsi qu’un matelas. Chaque ouvrière doit avoir un placard pour mettre ses effets et disposer d’un lavabo avec un savon et une serviette dans le dortoir. Dans les faits, les rares inventaires d’usine en notre possession montre que certains industriels n’ont pas attendu la loi (placard et literie).

Renage en 1923

La Chapelle-Pont de la Grande Fabrique est unique en France car elle enjambe le lit de la rivière La Fure. Ce sont les sœurs de Saint Vincent de Paul, en charge de la moralité des jeunes ouvrières, qui la firent construire sur place afin d’éviter la rencontre avec les garçons du village.

Abandonnée vers 1960, la chapelle a été rénovée entre 1989 et 1991, par le CERFAC, association qui à l’époque aidait des chômeurs à se réinsérer dans la vie professionnelle. Les matériaux, le matériel étaient fournis (dons, prêt, mécénat) par des entreprises locales ou nationales comme Saint-Gobain qui a proposé la toiture en verre.

 La Grande Fabrique

Régulièrement des expositions sont proposées dans la chapelle, désormais désacralisée, de la Grande Fabrique.

Pour les Journées du Patrimoine, l’exposition montre l’histoire et l’évolution du site industriel depuis le XVème siècle jusqu’à nos jours, la réhabilitation pas à pas de la chapelle à partir de 1988, le parc et ses arbres remarquables et une exposition sur la soie (échantillon, outils, etc).

La Grande Fabrique

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La chapelle de La Grande Fabrique

géré par l’association CE R.F.A.C.

Contact
  • Adresse:
  • Z.A. de la Vallée BP 11
  • Renage
  • Isère
  • 38140
  • France
  • Tél. mobile: +33 6 77 84 03 38

http://www.chapelle-grande-fabrique.fr/

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