Chartreuse

Le fort du Saint-Eynard

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Construit à flanc de montagne et surplombant la vallée du Grésivaudan, ce fort construit en 1870 et réhabilité entre 1991 et 2000 par une entreprise et des capitaux entièrement privés, est le témoin de l’histoire militaire de Grenoble et de ses environs.

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Supervisé par Richard de Régnauld de Lannoy de Bissy, ce fort a été construit entre le 21 mars 1873 et octobre 1879. Il est le dernier des sept forts construits pour la ceinture fortifiée de Grenoble. Il reprend d’ailleurs comme le Fort du Mûrier les spécifications du système de fortification du général Séré de Rivières. Le fort s’étend sur plus de 274 410 m² et sa construction a coûté 1 155 833 Francs de l’époque.

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Le fort a été mis en place pour pouvoir protéger le massif de la Chartreuse, les villages de Sarcenas, Quaix-en-Chartreuse et Saint-Égrève. Il surveillait la route venant de Savoie par le col de Porte et devait également protéger le ravin de La Vence et permettait de contrecarrer une possible invasion du Fort du Bourcet situé en contrebas du fort du Saint-Eynard.

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Ce fort abritait à l’époque plus de 477 hommes et 25 pièces de canon. Il était protégé d’un côté par la falaise et de l’autre par un fossé creusé à même la montagne. Imprenable, ce fort est à peine visible depuis le col de Porte. Toutefois, il n’a jamais servi. En effet durant la Première Guerre mondiale, il ne couvrait pas les zones où se déroulaient les batailles. Et durant la Seconde Guerre mondiale, il a été rendu obsolète du fait de l’utilisation des avions. Il fut donc déclassé par l’armée le 26 mars 1962, puis racheté par les communes du Sappey-en-Chartreuse et de Corenc.

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Nous sommes en 1871, la France viens juste de perdre la bataille de Sedan. Guerre franco-allemande, dans laquelle Napoléon III fût capturé. Les 200 000 soldats de l’armée allemande, commandés par le maréchal Helmuth von Moltke ont bloqué les 120 000 soldats de l’armée française dans Sedan.
Il faut alors absolument renforcer les frontières du pays.
Seré de Rivières fraîchement nommé général a l’idée d’une suite de forts, des places conçues pour être inexpugnables, disposant d’une très puissante artillerie, et interdisant le passage en croisant leurs feux.
Ce sont les « rideaux défensifs », ou pour l’état major allemand la « barrière de fer ».

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La stratégie consiste a laisser ouvert deux voies au milieu de ces « rideaux défensifs » où l’ennemi sera naturellement canalisé puis enfermé et exterminé.

La loi du 17 juillet 1874 lui offre une enveloppe de 700 000 millions de francs or pour la construction et l’armement de 166 forts, 43 petits ouvrages et plus de 250 batteries. Ces nouveaux forts sont partiellement enterrés, mais leur artillerie reste à découvert entre les créneaux de terre du rempart. Les structures du fort sont autant que possible cachées à la vue de l’assaillant, plus pour se dérober à son artillerie que par souci de camouflage, à une époque où les tirs d’artillerie à la poudre noire se repèrent de très loin.

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La situation géographique de Grenoble, plaçant la ville au carrefour des vallées Alpines, la rendait stratégique pour la défense de la France vis à vis de l’Italie et des autres pays frontaliers.

C’est ainsi que six forts furent construits sur les hauteurs de ces massifs pour contrôler les vallées (à Saint-Eynard, au Bourcet, au Murier, aux Quatre-Seigneurs, à Montavie et à Comboire) pour compléter le système défensif qui comprenait déjà la place forte de La Bastille.

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Planté au sommet d’une falaise à 1338 m d’altitude, l’emplacement retenu pour le fort du St Eynard, dernier des six forts Seré-de-Rivières entourant Grenoble est tout à fait judicieux. Il enlève le risque de se faire déposséder facilement du Fort du Bourcet, et peut battre de ses feux la Chartreuse, le bourg de Sarcenas, Quaix, Saint Egrève.
Pratiquement invisible du Col de Porte, il interdira tout passage par le ravin de la Vence.
La construction de ce fort débuta le 21 mars 1873. Les conditions étant difficiles il sera terminé en octobre 1879. Imprenable côté falaise, le fort du St Eynard est protégé au Nord par un énorme fossé creusé dans le roc.
Le mur d’escarpe mesure de 6 à 8 m de haut. Il est séparé du mur de contre-escarpe par une distance de 11m. Il dispose de 25 pièces de canon servies par 477 hommes, sous-officiers et officiers.

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Une particularités du fort du Saint-Eynard est qu’il n’y a plus d’eau en haut des falaises et deux citernes reçoivent les eaux de pluie. Lorsqu’on manquait d’eau, il fallait aller se ravitailler au Sappey en Chartreuse.

A peine ce gigantesque chantier terminé, l’artillerie faisait un progrès considérable avec l’apparition de la mélinite, de l’obus torpille et du schrapnel, rendant aussitôt obsolète cette ligne fortifiée.

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Actuellement, le fort est maintenu par la Fondation du Fort Saint-Eynard. Jadis restauré par une entreprise privée, le fort est maintenant viable. Un restaurant et un musée accueillent d’ailleurs chaque année de nombreux visiteurs, il invite à des visites commentées dans des salles d’exposition animées de maquettes. Reconstitution « in situ » de la vie du fort. Ainsi que des expositions civiles et pittoresques, telles que :
« Le Dauphiné de sa naissance à aujourd’hui »
« La Belle Epoque de 1870 à 1914 »

   Comité de parrainage du Fort du St Eynard
38700 Le Sappey en Chartreuse
Téléphone: 04 76 85 25 24

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Face aux Alpes, sur l’un des hauts lieux du massif de la Chartreuse, le fort du Saint-Eynard, parfait exemple de l’architecture militaire de défense de la fin du XIXème siècle offre un des plus beaux panorama à 360° sur les Alpes et une vue panoramique de l’ensemble de l’agglomération grenobloise.

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Informations pratiques
Du 01/05 au 31/05, tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches de 11h30 à 23h.

Du 01/06 au 31/08 de 11h30 à 23h.
Fermé le lundi.

Du 01/09 au 04/11, tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches de 11h30 à 23h.
Forfait groupe adultes : 4 €
Forfait groupe enfants : 4 €
Groupe adulte : 5 €
Groupe enfant : 5 €
Adulte : 5 €
Enfant : 5 € (gratuit jusqu’à 10 ans).

Tarif enfant jusqu’à 10 ans
Gratuité chauffeur et accompagnateur.
Fort du Bourcet
38700 Le Sappey-en-Chartreuse
Téléphone : 04 76 85 25 24
Web : http://www.fortsteynard.com
Mail : fortsteynard@yahoo.fr

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Accès : de Grenoble, prendre la D512, direction le Sappey en Chartreuse. 500m. avant le Sappey, prendre à droite direction le Fort du St Eynard. 6 virages sur 4 km (route fermée en hiver).

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Plateau des Petites Roches

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Le plateau des Petites-Roches est un plateau formant le contrefort oriental du massif de la Chartreuse. Il surplombe la vallée du Grésivaudan et fait face a la chaîne de Belledonne.

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Le plateau a la particularité d’être longitudinal. Étroit en largeur, de l’ordre du kilomètre voire moins à certains endroits, il s’étend en longueur sur environ vingt kilomètres. Il est délimité au nord par le col de Marcieu. Il culmine aux environs de 1 000 mètres d’altitude. Flanqué au sud-est d’une falaise de 800 mètres de dénivelé qui donne sur la vallée du Grésivaudan, il est lui-même au pied d’une falaise de près de 1 000 mètres de hauteur courant de la dent de Crolles au sud au mont Granier au nord. Au sud, il est dominé par la dent de Crolles, plus au nord par le Dôme de Bellefont et la falaise du Grand Manti.

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De nombreuses cascades se jettent dans le Grésivaudan par les falaises qui délimitent le bord du plateau dont la cascade de l’Oule, et sa via ferrata.

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Le plateau s’étend sur les communes de Saint-Pancrasse, de Saint-Hilaire et de Saint-Bernard et fait partie du parc naturel régional de Chartreuse. Il est accessible par la route via la D30 ou la D30e descendant du col du Coq au sud ou par la D30, la D29 ou la D30c descendant du col de Marcieu au nord ainsi que par le funiculaire de Saint-Hilaire-du-Touvet reliant Saint-Hilaire au hameau de Montfort sur la commune de Crolles.

Gare du Funiculaire du Touvet

Les falaises sont le paradis des amateurs de parapente, une aire d’envol leur est dédiée.

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Tous les ans en septembre, la Coupe Icare rassemble autour de ce plateau les amateurs de vol libre dans toutes ses variétés.

Sur le plateau, de nombreuses balades familiales sont possibles (cartes en vente à l’office du Tourisme).
Parfois, certains jours, les chemins peuvent être très fréquentés, et vous n’aurez pas vraiment l’impression de vous retrouver en pleine nature sauvage dans un océan de solitude…
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Office du tourisme du Plateau des Petites Roches
102 route des Trois Villages, 38660 St Hilaire du Touvet
Tél : 00 33 (0)4 76 08 33 99, Fax : 00 33 (0)4 76 97 20 56

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Histoire de la Grande Chartreuse

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Le monastère de la Grande Chartreuse est le premier monastère et la maison-mère de l’ordre des Chartreux. Il est situé sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans l’Isère au pied du Grand Som, quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse.

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Au printemps de 1084 Maître Bruno, guidé par l’évêque de Grenoble arrive dans le lieu qu’on appellera dès lors « le désert de Chartreuse » en raison de son isolement et de son encaissement entre deux montagnes. Courte vallée, bloquée au nord par le col de la Ruchère, et au sud par la vallée du Guiers mort, dominé de 1000 mètres par le Grand Som, ce lieu est totalement inhabité.
La maison se trouvait divisée en deux ensembles distants de quatre kilomètres : la maison basse ou Correrie abritait la communauté des frères et des ateliers ou dépendances, la maison haute abritait le prieur et la communauté des pères, ainsi qu’un ou deux frères.
Du premier monastère qui fut construit deux kilomètres plus haut que le monastère actuel, il ne reste rien. On suppose que les premières constructions furent en bois, à l’exception de l’église conventuelle qui fut élevée en dur. La plus ancienne et unique description connue fut donnée par Guibert de Nogent vers 1114. Hormis le principe d’un regroupement de cellules, distinctes d’un cloître réunissant les bâtiments de la vie commune (église, chapitre, réfectoire) et la présence d’une cuisine et d’un bâtiment susceptible d’abriter la moitié des convers le dimanche, on ne sait rien de la disposition initiale des bâtiments, sans doute très différente de celle qu’on connaît aujourd’hui, compte tenu de la configuration du terrain. Guibert précise toutefois que des conduits aménagés amenaient l’eau courante à l’intérieur des cellules.
Aucune culture ou pâturage n’était possible à la maison haute, enserrée dans une vallée étroite et totalement boisée. Toutes les semaines, le samedi, les frères de la maison basse montaient à la maison haute pour participer à la liturgie dominicale et à la vie commune, réinventant la tradition des Laures des déserts de Palestine, aux origines du monachisme chrétien.
L’emplacement de la maison haute est marqué par deux chapelles construites à 110 mètres de distance l’une de l’autre : en aval Notre Dame de Casalibus (littéralement « Notre-Dame des cabanes », par allusion aux petites maisons qui servaient de cellules aux moines) et en amont la chapelle St-Bruno.

Notre-Dame de Casalibus a été édifiée au XVème siècle, hors d’atteinte des avalanches, tandis que la chapelle Saint-Bruno, perchée sur un rocher qui semble venir d’ailleurs, semble avoir été édifiée à proximité du site originel de la première chartreuse, située probablement sur la plate-forme qui jouxte la chapelle. Elle était initialement dédiée à la Vierge Marie. Ce terrain, d’environ 80 m de diamètre, relativement plat, est exceptionnel dans la vallée. Selon des hypothèses invérifiables en l’absence de fouilles archéologiques, les blocs de rocher qui le jonchent pourraient être en partie des vestiges de l’avalanche qui détruisit le premier monastère.
Une chronique de l’époque, nommée Chronique Magister nous relate l’événement qui eut lieu le 30 janvier 1132, 48 ans après l’arrivée de Bruno.
« En la vingt-troisième année du priorat de Guigues, une masse incroyable de neige, se précipitant des hauts sommets rocheux avec une soudaine impétuosité, emporta dans son effrayant tourbillon et ensevelit sous sa masse immense toutes les cellules des religieux sauf une, et avec elles six moines et un novice. »
Le terme traditionnel d’avalanche avec lequel on désigne ce drame ne doit pas faire illusion. Aucune avalanche de neige n’aurait pu parvenir si bas dans la vallée et on ne connaît d’ailleurs pas de couloir d’avalanche dans cette zone, mise à part une petite coulée annuelle dont la largeur n’excède pas quelques mètres. Les petits éboulements sont très fréquents dans ce massif calcaire ancien. L’avalanche de 1132 était en fait un éboulement de pierres qui a poussé loin devant lui une énorme quantité de neige. Quand on approche du col de Bovinant, 700 mètres au-dessus du monastère, on peut voir un pan de rocher qui se détache de la paroi et on peut imaginer ce qu’il adviendrait si un jour, affaibli par le gel et l’érosion, il venait à se détacher entièrement. Les énormes blocs de rochers qui parsèment l’emplacement du premier monastère laissent imaginer le désastre.

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Les survivants de la catastrophe ne pouvaient songer à reconstruire au même endroit. Guigues, le prieur, choisit un nouvel emplacement deux kilomètres plus bas, situé entre deux replis de terrains qui dévieraient toute chute de rochers soit en amont, soit en aval du monastère. Peut-être une autre raison guida-t-elle ce choix. L’emplacement de la première maison, pourtant « parfaitement protégé du vent du nord et bien exposé au midi » semble aujourd’hui marqué par une austérité extrême. Même en plein été il faut attendre la fin de la matinée pour que le soleil se lève au-dessus du Grand Som. Jusqu’aux années 1990, la neige demeurait à cet endroit jusqu’au mois de mai inclus, soit un bon mois et demi de plus qu’au monastère actuel. Toutefois, les conditions climatiques du XXème siècle ne sauraient permettre de juger les motifs des moines du XIIème siècle sans risque d’anachronisme. Le climat du Moyen Âge était beaucoup moins rude en Europe qu’à la période moderne (« optimum climatique médiéval »). Certaines chartreuses comme celle de Berthaud subsistèrent longtemps dans des milieux encore plus difficiles que la Grande Chartreuse. Quoi qu’il en soit, le nouvel emplacement, plus ouvert, mieux ensoleillé, était à l’abri des avalanches. Il était plus proche de la maison basse ce qui facilitait pour les frères le trajet à faire chaque semaine quel que soit le temps.

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Les travaux furent menés rapidement. On ne bâtit en pierre que l’église, aujourd’hui transformée et noyée au milieu de constructions plus récentes, et le Chapitre, qui possède maintenant encore intacte sa voûte du XIIe siècle. On construisit une douzaine de cellules de bois. L’église fut consacrée le 13 octobre 1133 par un ancien Chartreux, Hugues, deuxième du nom, successeur de saint Hugues sur le siège de Grenoble.
Le monastère de Guigues subsista un peu moins de deux siècles. Entre 1320 et 1676, le monastère subira huit incendies2 (et non onze comme affirmé parfois) :
entre le 6 et le 11 mai 1320, durant le chapitre général, dévastation totale des bâtiments du fait d’un feu de cheminée à l’hôtellerie ;
durant l’été 1371, du fait d’un feu de cheminée accidentel ;
fin octobre 1473, du fait d’un feu de cheminée à l’hôtellerie ;
1510 ;
5 juin 1562, du fait d’un incendie intentionnel, pendant les guerres de religion, par les troupes du baron des Adrets ;
31 octobre 1592 ;
1611 ;
10 avril 1676, du fait d’un feu de cheminée parti des appartements du Révérend Père.
La pauvreté des moyens de lutte contre l’incendie et surtout la particularité régionale des toitures couvertes en essendolles (bardeaux ou tuiles de bois d’épicéa particulièrement combustibles) ont entraîné à chaque fois une destruction quasi totale de tout ce qui pouvait brûler.
Après l’incendie de 1676, Dom Innocent Le Masson reconstruisit le monastère selon un nouveau parti architectural, celui qu’on lui connaît. Les bâtiments sont classés monument historique depuis 1920.

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L’Assemblée constituante, par décret du 2 novembre 1789 mit les biens de l’Église, dont les biens des congrégations, à la disposition de la Nation. Par le décret du 13 février 1790, elle interdit les vœux monastiques et supprima les ordres religieux réguliers.
Le Père Général, Dom Nicolas-Albergati de Geoffroy, quitta la Grande Chartreuse le mercredi 17 octobre 1792. Non seulement la communauté de la Grande-Chartreuse n’existait plus, mais l’ordre des Chartreux n’avait plus une seule maison vivante en France. Le chapitre général ne pouvait plus se réunir. Lors de sa dernière session, il avait établi qu’en cas de dispersion de la communauté, le définitoire désignerait un vicaire général en attendant des jours meilleurs. Par la suite, le définitoire ne pouvant se réunir, les vicaires généraux successifs désignèrent leur scribe pour leur succéder en cas de décès, moyennant confirmation du Saint-Siège.

Par ordonnance royale du 27 avril 1816, l’Ordre obtint de l’État la location de la Grande Chartreuse pour y établir « un lieu de retraite ». Le 16 juillet 1816, le Vicaire général en exercice, Dom Romuald Moissonier, profès de la Grande-Chartreuse, mais alors prieur de la Part-Dieu en Suisse, seule chartreuse de l’ordre ayant survécu à la tourmente révolutionnaire, rentrait à la Grande-Chartreuse avec quelques religieux pour y reprendre la vie régulière.
En 1857, un décret impérial définit une réserve autour du monastère pour préserver le paysage et garantir la tranquillité des moines.

Les chartreux échappèrent à la première vague d’expulsion des congrégations non autorisées de 1880.
La congrégation s’estimait autorisée implicitement par des textes de 1816 et 1857. Néanmoins, dans le cadre des mesures d’exception prévues pour les congrégations dans la loi de 1901 sur les associations, les chartreux déposèrent une demande d’autorisation. L’autorisation fut refusée par un vote de la Chambre des députés le 26 mars 1903.
Les moines de la Grande Chartreuse furent expulsés manu militari le 29 avril 1903. De nombreuse cartes postales de l’époque nous rappellent ce moment dramatique, qui fut particulièrement tendu, la population s’opposant au départ des moines.

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La communauté se réfugia en Italie, à la chartreuse de Farneta (à Maggiano frazione de Lucques) et ne put réintégrer la maison mère qu’en 1940. Le chapitre-général, après s’être tenu une fois exceptionnellement à la Valsainte, continua à se tenir régulièrement à Farneta, permettant, cette fois-ci, l’élection régulière de deux successeurs réguliers à Dom Michel Baglin qui avait obtenu sa miséricorde (démission en langage cartusien) en 1905.

En mai 1940, le consul français de Livourne conseilla au Père Général et aux moines français de Farneta de rentrer en France. L’imminence de l’entrée en guerre de l’Italie faisait craindre que les frontières vers la France, qui leur avaient été interdites avant la guerre, ne soient prochainement fermées. Dans le contexte de la débâcle, le Révérend Père général Dom Ferdinand Vidal, et ceux qui l’accompagnaient purent s’installer provisoirement à Orgeoise, dans le faubourg de Voiron (Isère), où demeuraient des frères convers chargés de la fabrication de la liqueur. Après avoir tenté en vain d’atteindre le gouvernement français replié à Bordeaux pour en obtenir la permission de rentrer à la Grande-Chartreuse, Dom Vidal envoie des religieux pour réoccuper la Grande-Chartreuse, avant que les Allemands, qui étaient déjà à Voreppe, n’y arrivent. Les premiers Pères se présentent le 29 mai. Passant outre l’opposition du préfet de l’Isère, Perrier, le maire de Saint-Pierre-de-Chartreuse, M. Villars, réquisitionna le monastère « pour y abriter des réfugiés« . Le 9 juin, Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, régularise la situation de fait. Le 10 juin l’Italie entre en guerre. Le 21 juin 1940, lendemain de l’annonce de l’armistice, trois Pères reprirent officiellement possession des bâtiments. Les orientations du nouveau gouvernement, incontestablement favorable à l’Église et aux congrégations, créaient une situation favorable. La nomination par Pétain d’un nouveau préfet de l’Isère, Raoul Didkowski, facilita la réintégration. Une loi du gouvernement de Vichy le 21 février 1941 accorda aux Chartreux une reconnaissance légale en France. Durant ces années difficiles, la communauté ouvrit ses portes aux juifs et aux personnes pourchassées. Il en alla de même au cours de la période de l’épuration qui suivit la guerre, au profit d’anciens collaborateurs et de miliciens.

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Une convention du 11 mars 1941 entre la Grande Chartreuse et l’administration des Beaux-Arts du régime de Vichy définit les modalités de la concession des immeubles et permet la restauration rapide des bâtiments5. La communauté continue jusqu’à ce jour à louer les bâtiments à l’État français, moyennant un loyer modique et la charge de l’entretien courant. À partir de 1947, la Grande Chartreuse recommença à abriter régulièrement le chapitre général tous les deux ans.
Dans les deux décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, l’essor du tourisme et les progrès des réseaux routiers devinrent de plus en plus gênants. À la Grande-Chartreuse, les supérieurs envisagèrent même de quitter le massif et de transférer la communauté vers un site plus isolé. Finalement, ils obtinrent que le site soit classé comme site historique et naturel, interdit au survol des avions de tourisme (avantage dont ne bénéficient pas toutes les maisons de l’ordre) et fermé à la circulation automobile. Un musée fut aussi établi dans une partie des bâtiments de l’ancienne Correrie, un peu plus bas que la Chartreuse, évoquant pour les touristes la vie cartusienne dans un cadre approprié et faisant connaître quelque chose de la vie de la Chartreuse. Le flot des voitures s’arrête là, à un kilomètre et demi du monastère, ce qui permet aux Chartreux de vivre dans la solitude qu’ils estiment conforme à leur vocation. Ils souhaitent que ce lieu demeure un « désert » au sein d’une zone de silence, maintenant officiellement protégée par les pouvoirs publics.

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Monastère de la Grande Chartreuse

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En 1080 Bruno et six compagnons demandent à l’évêque de Grenoble un désert dans les montagnes de son diocèse. Il érige à St Pierre de Chartreuse un petit ermitage qui deviendra le berceau d’un grand ordre contemplatif, maison mère de l’ordre des Chartreux, est situé en plein cœur du massif de la Chartreuse, dans un environnement magnifique, à la fois calme, paisible et préservé. 

Le premier monastère fut érigé à Notre Dame de Casalibus, en 1084 et sera emporté par une avalanche en 1132. L’église et le monastère actuel furent consacrés en 1133.

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Ce havre de paix et de quiétude n’est accessible qu’après une paisible marche depuis le parking de la Correrie, un court trajet à pied sous les frondaisons des arbres multicentenaires, qui conduit à un point de vue surplombant l’ensemble des bâtiments. Notez cependant que seuls les paysages alentours et les façades extérieures des bâtiments peuvent être admirés, le monastère, entièrement voué au silence et à la prière, n’étant pas ouvert à la visite.

Vous pourrez toutefois découvrir le très intéressant musée de la Grande Chartreuse, situé deux kilomètres plus bas, dans les bâtiments de la Correrie, une annexe du monastère. Ce lieu évoque, au travers de ses expositions et de sa galerie des cartes, l’histoire et la vie des Chartreux, ainsi que l’architecture cartusienne.

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En s’aidant d’une vue générale et d’un plan, on peut identifier les divers bâtiments rassemblés dans la cité monastique.

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Tout à gauche, face au nord, se dresse la chapelle extérieure dédiée à Notre-Dame-de-la-Salette ; solidement assise sur de gros contreforts, elle domine l’entrée du monastère. Au-delà vers l’est, on aperçoit un vaste corps de bâtiment datant également du XIXème siècle : c’est l’ancienne buanderie abritant maintenant les cellules des frères. Une vingtaine de mètres à droite de la porte d’entrée, une autre chapelle, dite de la Résurrection, est ouverte au public.

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Au premier plan et à gauche, s’ouvrant sur la cour d’honneur, une très importante construction attire l’attention. Ces quatre ailes massives, bâties en pierre de taille au XVIème siècle, sont l’hôtellerie destinée à la réception des prieurs chartreux à l’époque du Chapitre général.

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Les sept pavillons à deux étages qui s’alignent à la suite sont occupés par les cellules de ceux qui sont chargés de l’administration de l’Ordre et de la Maison : procureur, scribe (secrétaire du Père général avec des fonctions analogues à celles d’un chancelier), sous-procureur, etc. Le dernier pavillon, un peu plus large que les autres, est habité par le R.P. Général. Pour faire communiquer l’ensemble, il y a trois galeries superposées : un couloir à demi souterrain ; au-dessus le « cloître des Officiers » ; puis, à l’étage supérieur la « galerie des Cartes ». L’hôtellerie des Prieurs et tout ce quartier ont été ainsi disposés et aménagés par Dom Le Masson.

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À l’arrière-plan, on voit un grand rectangle très allongé ; il est flanqué sur son pourtour de petites maisons réparties à intervalles réguliers, et dont le plus souvent on n’aperçoit que le toit. C’est le grand cloître avec les 35 cellules des moines-ermites, partie essentielle et caractéristique de la Chartreuse.
Les galeries du grand cloître mesurent 216 mètres du Nord au Sud et 23 mètres de l’Est à l’Ouest, soit un quadrilatère de 478 mètres. La partie nord, à gauche, est la plus ancienne : vieux cloître gothique du XIVème siècle, dont les fondations remontent au XIIème siècle. La partie sud date, dans son état actuel, du XVIème siècle. Les branches les plus longues du cloître sont réunies par deux galeries transversales qui limitent un préau où se trouve le cimetière. La galerie de gauche longe la chapelle des Morts, celle de droite passe sous la bibliothèque. D’ordinaire, on ne circule dans le cloître que pour aller à l’église ou en revenir ; il y règne toujours un profond silence.

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Plusieurs constructions, toutes disposées parallèlement à l’hôtellerie, se trouvent entre le grand cloître et le cloître des officiers. Ce sont, de gauche à droite :
L’église avec ses deux clochers: restaurée en 1878, elle n’a aucun cachet particulier hormis celui de l’austérité et un beau parquet en losanges, comme il en existait dans plusieurs maisons de l’ordre jusqu’aux aménagements post-conciliaires. À la suite du concile Vatican II, le sanctuaire (équivalent du chœur des églises séculières) a subi plusieurs ré-aménagements, certains demandés par la réforme liturgique (autel détaché du mur), d’autres caractéristiques des modes esthétiques et dévotionnelles de l’époque (ajout d’icônes, décoration du tabernacle, suppression des quatre flambeaux allumés aux offices des solennités, suppression de tableaux), mais le chœur des moines et des frères, séparé par son jubé, n’a pas pu être modifié. Le chœur des Pères contient 52 stalles de noyer qui ont remplacé les anciennes stalles, dispersées à la Révolution française entre diverses églises de Grenoble.

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Le petit cloître (à droite de l’église), flanqué sur un côté de la pittoresque tour de l’horloge, construite au XVème siècle.

Le réfectoire longe le côté sud du cloître; il date du XIVe siècle et fut restauré au XVème siècle. Au-dessus du réfectoire se trouve la grande salle du Chapitre Général, ornée d’une statue de saint Bruno et des portraits des Prieurs de la Grande Chartreuse, de saint Bruno à Dom Le Masson.

La cuisine, à droite du réfectoire, disposée entre deux préaux qui lui servent de dépendances ; une partie de cette construction remonte au XIVème siècle.

À l’extrémité du cloître des Officiers, la cellule du Prieur général est reliée au grand cloître par un couloir qui débouche auprès de la chapelle Saint-Louis, dont on distingue facilement le clocheton.

En bas et à droite du plan se trouve un vaste ensemble de constructions, groupées autour d’une grande cour. Ce sont les « obédiences » : moulin, garage, étables, menuiserie, forge, salle des plantes, etc. On a eu soin de les éloigner du cloître afin de ne pas troubler le silence et de mieux préserver ainsi le recueillement des solitaires dans leurs cellules. Il s’agit des bâtiments que les visiteurs longent, le longe de la route, lorsqu’ils montent au dessus du monastère.

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Pour avoir une vue générale du monastère, il est possible de monter jusqu’à la croix qui le surplombe, tout en prenant soin de respecter les clôtures et les animaux qui paturent :

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